Première raison de mon passage à Cologne ce week-end : visite du Centre de formation des astronautes européens, qui se trouve là-bas (EAC = European Astronaut Centre)
Plusieurs histoires pour en arriver là.
Parmi les anciens de mon école, on est plusieurs à travailler et habiter en Allemagne. Parmi nous, un dénommé Benjamin a décidé de monter une association des anciens qui habitent en Allemagne. Dans ce cadre là, il a procédé par bouche à oreille, mais a aussi consulté notre "annuaire des anciens" où ceux qui sont incrits donnent leur lieu de travail et coordonnées. Bref pour abréger, il a trouvé dans cet annuaire les contacts de 2 personnes qui travaillent pour l'ESA (Agence Spatiale Européenne), et plus particulièrement pour l'EAC (cf. plus haut). En fait il se trouve que l'un des 2, Thomas Pesquet, est juste l'un des 6 astronautes européens sélectionnés par l'ESA en 2009.
Deuxième histoire. L'ISS c'est quoi ? C'est comme son nom l'indique une station posée en orbite autour de la Terre. Sa construction est en cours d'achèvement. Plusieurs pays y ont participé. Les deux plus grosses contributions sont la Russie d'une part, et les Etats-Unis d'autre part. Aux US se rajoutent le bloc des pays occidentaux, dans lequel on a coutume de mettre les pays européens qui participent et le Japon. Concrètement, ca veut dire qu'en orbite, il y a une énorme construction de modules attachés les uns aux autres, avec des séries de panneaux solaires, et chaque module (ca peut être un module d'habitation, un module avec du matériel scientifique, du stockage, les "nodes" (noeuds) qui relient d'autres modules entre eux, ou sur lesquels viennent s'accrocher les véhicules en provenance de la Terre) a été construit par un des acteurs mentionnés ci-dessus.
Parenthèse sur les moyens de transport. La navette américaine va effectuer son dernier vol, historique, d'ici la fin du mois. Après ca, et jusqu'à ce que les prochains véhicules soient mis en place, le seul qui transportera des astronautes sera le Soyouz, le russe. Il peut transporter aujourd'hui 3 personnes à la fois. Il y a 6 astronautes en permanence sur la station qui restent 6 mois chacun. Là-haut, 2 Soyouz sont toujours "amarrés" à la station et servent de véhicule de secours (si vous avez suivi, 2x3=6 !!). Donc pour les prochaines missions, tout le monde va dépendre des russes. Du coup, tous les 3 mois, un des Soyouz de là-haut embarque 3 astronautes, et quelques heures ou jours plus tard, un autre arrive avec les 3 suivants. Voilà comment ca tourne.
L'ISS devrait "vivre" au moins jusqu'en 2020, peut-être 2025, après ca, we'll se...
Ces 6 astronautes sont plutôt des privilégiés. En ce moment il y a là haut 3 américains, dont une femme, 2 russes, et 1 italien. Vu les distributions de budgets, les américains et les russes sont toujours plus nombreux, donc il y a rarement plus d'1 européen dans le lot.
Des générations précédentes d'astronautes en Europe, il en reste 8 qui pourraient encore potentiellement partir. Ils avaient tous été selectionnés de manière nationale. Pour la première fois en 2008-2009, c'est l'ESA qui s'est chargée du recrutement des nouveaux astronautes. La procédure a durée 1 an. De plus de 8400 candidats ils sont arrivés à 6... Je vous passe tous les détails de la sélection, c'est hallucinant. Disons qu'en plus d'être intelligent, en bonne santé, pilote c'est mieux, il faut avoir les nerfs qui ne craquent jamais et sans doute un petit grain de folie. Mais c'est bon à savoir, si vous voulez un check up médical complet de chez complet, il faut "juste" arriver dans les 45 derniers...
A l'issu de cette sélection, 1 francais, Thomas Pesquet, que j'ai donc rencontré vendredi, 2 italiens, dont une femme - la seule -, un danois, un allemand et un britannique. Ils seront les prochains, leurs missions commenceront à partir de 2013, et ils "voleront" au-moins jusqu'en 2020.
Pour préparer tout ce petit monde aux épreuves qui les attendent, l'EAC a été créé et modernisé au fil de temps. C'est à Cologne, c'est ce que j'ai vu vendredi.
Le seul module de la station complètement fourni par l'ESA et les européens s'appelle Colombus. Il est dédié à tout un tas d'expériences (médicales, biologiques, mécaniques...).
Et donc le centre à Cologne est principalement orienté sur lui. On a tout visité. On est rentrés dans des répliques de Colombus, vu en détails les "racks" qui contiennent les expériences. Ce sont des espèces de chariots modulables, comme ce qu'on voit dans les avions, que tous les astronautes, américains et russes compris, doivent savoir réparer, bouger, démonter, utiliser... Là-haut il n'y a pas de distinction. Tout le monde utilise tout. Et en cas d'urgence, tout le monde doit savoir tout faire. Ils sont tous, plus ou moins spécialistes, pilotes, mécaniciens, médecins etc etc.
D'ailleurs, la formation des astronautes, une fois qu'ils sont sélectionnés et avant qu'ils se préparent à une mission particulière, commence par un "tronc commun". Ca dure un an, et ca couvre tout à la fois : ils apprennent à maîtriser les modules, font des experiences en piscine pour apprendre à se mouvoir dans leurs scaphandres, apprennent à piloter le soyouz, à faire des points de sutures, à se débrouiller complètement par eux-mêmes pendant x jours au beau milieu d'une jungle agressive pour le cas où le centre de contrôle les "perd" lors de leur retour, font des vols spéciaux pour découvrir l'apesanteur, etc etc...
Inutile de vous préciser que j'ai adoré. Notre guide astronaute est super sympa, très accessible et hyper modeste. Il a dû rencontrer du beau monde en 2 ans (il a été sélectionné à 31 ans et est le plus jeune de tous...), mais il a toujours la tête sur les épaules, c'est chouette de discuter avec lui. Ce week-end et jusqu'à aujourd'hui d'ailleurs, il était à Toulouse pour fêter les 50 ans du vol du premier homme dans l'espace, Gagarine, le 12 avril 1961.
Son collègue est une grosse tête aussi. Lui est superviseur au centre de formation, c'est lui qui a créé plusieurs des protocoles qu'ils utilisent. Il a d'ailleurs dans sa vie fait quasiment toutes les formations avec ses "élèves", que ce soit à Houston, à la Cité des Etoiles en Russie, en Europe, etc etc. Il a participé à 3 sélections d'astronautes. Et là pour la dernière, il était dans les 45 derniers.
Il bosse aussi pour le Centre de Contrôle de Colombus, qui est basé à Munich, avec une partie à Cologne. Ca s'appelle Eurocom, se présente comme une salle de contrôle à Houston par exemple, et on y voit tout on entend tout. On a donc vu la salle à Cologne, et du coup eu droit aux images en direct de l'intérieur de l'ISS.
Bon je suis toujours sur mon nuage...
La petite anecdote : un jour, notre deuxième guide est dans sa voiture et rentre chez lui. Son portable sonne : "Allô Hervé, c'est Paolo de l'ISS ! J'ai une question sur Colombus..." !!!!
On peut être coincé pour 8 mois en Antarctique avec moins de moyens de communication que les 6 dans l'ISS ! Ils ont des panneaux numériques un peut partout, comme un clavier de tel, et il font le +33... ou +1... ou n'importe quoi d'autre pour appeler où ils veulent dans le monde !
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